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 Les raisins de la colère
under his eye

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may the lord open

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( pseudo ) :
( célébrité ) : Damaris Goddrie
( arrivée à Aberdeen ) : 29/09/2018
( messages ) : 63
( tickets ) : 83
( patronyme ) : Camila Navarro
( âge du personnage ) : 25 ans
( emploi ) : Martha, bonne à tout faire
( localisation ) : Chez les Stagger


Les raisins de la colère
par Auteur le Lun 1 Oct - 18:41
« Tu vas nettoyer le sol, n’est-ce pas Camila ? Madame Stagger a besoin de nous à l’étage. » Un caquètement fuse de la gorge déployée d’une gamine tout juste plus jeune que Camila, le regard torve, œil morne posé sur le visage renfrognée de la dernière arrivée. Voilà un mois qu’elle subissait et l’acharnement de plusieurs autres marthas, pas toutes mais bien assez, et le mépris de Madame, la méfiance de mise contre une fuyarde à la main mutilée. « Je dois tout faire seule ? » La voix racle contre sa gorge, contenant au fond de son âme toute la colère qu’elle voudrait leur cracher. Toute la rage qui l’anime depuis qu’on l’a capturé. Elle fulmine, elle serre les dents, un sourire de façade vient voiler son visage sombre, dégagé de toutes ses boucles rebelles par un foulard trop serré. « Oui. D’ailleurs tu devrais t’y mettre maintenant, le rez-de-chaussé est grand. » Camila hausse les épaules. Dans peu de temps, une autre nouvelle viendra la remplacer. Leur peine et leur colère se portera vers quelqu’un d’autre.

Dans un sens elle les comprend ; elle respecte presque cette animosité qu’elles ne peuvent pas porter à la figure d’autorité. Chacune d’entre elles rêverait de leur trancher la gorge dans leur sommeil, aux Stagger. Camila aussi le ferait bien volontiers. « Très bien ... » Se contente-t-elle de souffler en attrapant la serpillière et le seau, qu’elle s’apprête déjà à remplir. Ses doigts se resserrent sur l’acier froid du récipient, si serrés même que ses jointures en deviennent blanches, aussi blanches que la peau de petite sainte aux filles d’en face. Un silence s’installe, mais elle sait qu’on l’observe comme un animal prit un piège, comme un rat de laboratoire, comme une poupée qu’on piétine dans l’espoir de l’abîmer. Mais Camila ne baissera pas les yeux. Jamais.

La discussion désagréable prend fin lorsque la main de Camila se pose sur le robinet, et de l’autre, pose le seau dans l’évier afin de le remplir d’eau pour accomplir sa tâche. Quelques gouttes se mettent à tomber. Plic. Ploc. Puis tout un jet qui se déverse dans le fond poussiéreux. Derrière Camila se pressent les pas, les autres Marthas, lasses du spectacle, retournant déjà à leurs activités. Une première monte les escaliers ; les autres suivent comme la vache suit son troupeau. Camila attend qu’elles soient toutes montées pour refermer le robinet. Pour un court instant de silence, elle fixe sur reflet sur la surface de l’eau, déformant un visage encore bien jeune par des ondes tranquilles. Tranquille, elle ne le serait plus jamais. Elle n’arrivait plus à dormir correctement. Du mal à respirer. Du mal à réfléchir correctement. Ici, elle n’avait le droit qu’à être un robot, sans émotion. Sans volonté. Rien qu’une coquille vide qui courbe l’échine en attente du prochain ordre. Mais tant qu’elle serait en vie, elle ne serait rien de tout ça. On obéit, mais pas aveuglément. On sourit, mais pas niaisement. Elle calculait chacun de ses gestes pour appâter l’ennemi. Ne pas sombrer. Ne pas mourir.

Mais puisqu’il en était ainsi, elle devait laver le sol pourtant déjà bien reluisant. Pour quelques lubies de riches, elle allait dépenser inutilement de l’énergie qu’elle pourrait investir dans quelque chose de plus utile. A deux mains, elle soulève le seau pour le transposer jusqu’au salon, où elle commencerait sa tâche. Ses yeux scrutent la pièce, s’attardant sur les antiquités qui faisaient sans doute la fierté de leurs propriétaires, comme s’il était évident qu’on devait exposer pour démontrer sa richesse. Au creux de son esprit, elle s’imaginait comment elle pouvait briser ce marbre, là, ou renverser cette jarre en porcelaine. Voilà au moins quelque chose qui lui arrachait un sourire au milieu de toute cette folie.

Elle était attelée au nettoyage du sol depuis une bonne heure quand les autres Marthas revinrent à la charge, prêtes à faire constatation du travail de Camila. « Oh, ça ne brille pas beaucoup je trouve. Madame aura certainement un mot à dire là-dessus. » On fit d’autres commentaires, certains plus déplaisants que d’autres. En soi, Camila n’en avait pas grand-chose à faire, elle se contentait de se rester droite à sa place, prête à tout encaisser sans broncher. Mais la tête haute. Toujours. Et puisqu’elle n’avait pas terminé, on la laissa là achever ce qu’elle avait commencé. Les autres passèrent à côté d’elle pour retourner dans la cuisine ; l’une d’elle cependant posa un pied plus près et la seconde d’après, renversait le seau et tout son contenu. Camila sentit son coeur manquer un battement tandis que les deux autres s’exclamaient d’une stupeur mal jouée. « Mais quelle maladroite Camila ! Tu le fais exprès ou quoi ? » Ses yeux noirs, pleins de fureurs, se braquent sur la blonde, la plus grande, celle qui semble diriger le petit troupeau. « Je vais arranger ça, c’est bon. » Et puisqu’elles ne déguerpissaient pas à la seconde près, elle ajouta sur un ton plus froid encore : « Vous n’avez pas des choses à faire pour Madame ? » Le trio se dispersa rapidement. Et Camila la sentait. La colère qui bouillonne un peu plus. Elle attend d’être seule pour se relever, puis laissant exploser toute la violence qu’elle s’était réservé pour plus tard, son pied rencontre avec violence le seau vide qui rebondit contre un fauteuil dans un bruit étouffé. « Brujas ... » Siffle-t-elle avec rage en serrant les poings. « Maison de merde. Pays de merde. Vie de merde. Putain. » Depuis le temps qu’elle attendait de les sortir, ces mots qui feraient frémir d’horreur la Tante qui l’avait amené ici. Et puis soudain, la douleur étreint ses entrailles, dévastatrice. La douleur du désespoir, un sanglot qu’on retient à moitié de peur d’être faible. Des larmes roulent sur ses joues, glaciales sur cette peau brûlante, mais elle les essuie d’un revers de main brusque. Pleure ne l’amènerait à rien. « Qu’ils aillent tous se faire foutre. » Puis elle prit un grande inspiration, chassant l’amertume pour reprendre le masque du robot. Elle se tient droite, fière, et ses jambes bougent d’elles-même pour aller chercher le seau.

Une fois devant le fauteuil, main tendue pour attraper ce qu'elle était venu chercher, la lucidité d’une présence près de la porte la fait stopper son geste. Elle tourne la tête, le regard neutre mais le coeur battant. Là, à l’encadrement de la porte, se tenait le chauffeur. Son nom, elle ne le connaissait pas. Elle se contentait de le définir par sa fonction. Puis le doute l’envahit. Depuis combien de temps était-il là ? Avait-il tout entendu ? La peur lui étreignit à nouveau le ventre. Elle se redressa rapidement, les sourcils froncés, la main sur son seau. « Qu’est-ce que tu veux, Gringo ? » Furent ses seuls mots.
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